Google lance son propre téléphone pour profiter du succès de l'Internet mobile
C'est fait : Google a décidé de lancer son propre téléphone multimédia. Baptisé Nexus One, il a été présenté mardi 5 janvier par le géant californien de l'Internet. Ce "smartphone" est doté d'un écran de 3,7 pouces (9,4 centimètres) à haute résolution, d'un processeur tournant à 1 gigahertz et d'un appareil photo de 5 mégapixels.
Le terminal, fabriqué par le taïwanais HTC, peut être acheté directement sur le site américain de Google, "nu" (sans abonnement auprès d'un opérateur) pour 529 dollars (369 euros), ou 179 dollars avec un contrat de deux ans auprès de l'opérateur T-Mobile USA. En France, SFR pourrait le distribuer en premier.
Jusqu'à présent, Google s'était cantonné à la mise à disposition aux constructeurs de téléphones, gratuitement, d'un système d'exploitation pour mobiles, Androïd. Un an après son lancement, ce dernier a réussi une belle percée, avec environ 3,5 % de parts de marché (il est installé sur une vingtaine de modèles de téléphones dans le monde). Les dirigeants de Google s'étaient à plusieurs reprises défendus de vouloir se lancer dans la vente d'une machine à leur marque. Pourquoi franchissent-ils le pas aujourd'hui ?
Enjeu énorme
Le succès fulgurant de l'iPhone y est pour beaucoup. Deux ans et demi après son lancement, le téléphone multimédia d'Apple s'est déjà écoulé à plus de 30 millions d'exemplaires et représente presque un quart des revenus de la marque. Surtout, Apple a réussi, avec l'iPhone, à faire enfin décoller les usages autour de l'Internet mobile, ces services en ligne auxquels on accède depuis un téléphone même en se déplaçant. Grâce à son "AppStore", un magasin virtuel accessible en un clic, qui propose plus de 100 000 services en ligne, gratuits ou payants, développés par des éditeurs tiers (jeux, actualités, etc.).
Or, la plate-forme d'Apple est "propriétaire" : le groupe informatique américain contrôle tout, du design du terminal à son système d'exploitation, en passant par le système de paiement et le contenu de l'AppStore : c'est un jury maison qui décide des applications susceptibles, ou pas, d'y être proposées.
"Pour Google, il s'agit de ne pas laisser Apple continuer à gagner du terrain dans l'Internet mobile", estime Virginie Lazès, de la banque Bryan Garnier. Si, comme le prédisent les analystes de la banque Morgan Stanley dans un récent rapport, il y aura dans cinq ans davantage de connexions à Internet via un mobile que via un ordinateur, l'enjeu est énorme.
Le Nexus One devrait permettre à Google de mieux promouvoir ses services Internet sur les mobiles. Le moteur de recherche, bien sûr, qui lui assure sa suprématie dans l'Internet fixe (plus de 65 % de parts de marché), mais aussi son service de courriel (Gmail), de cartographie (Maps), sa librairie numérique, etc. Sans que l'accès à ces services soit contrôlé par Apple. Google a déjà eu maille à partir avec le constructeur informatique, la mise en ligne sur l'AppStore de Google Voice (téléphonie via Internet) et de Google Latitude (qui permet de localiser ses contacts sur une carte) ayant été en partie censurés.
Publié le 06/01/10 à lemonde.fr
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